Traité de chimère ou malmené par certains, mis en avant et magnifié par d’autres, annoncé comme nécessaire, vital, indispensable, le développement durable est une notion pour le moins controversée malgré une aura plutôt favorable auprès du grand public. Ce petit livre vient à point pour clarifier la définition et pour nous aider à nous faire un avis.
Comme les autres livres de cette collection Idées Reçues, celui-là se compose d’une définition du terme et d’un glossaire qui encadrent le corps du texte, à savoir les fameuses idées reçues et leurs commentaires. L’auteur, Assen Slim, un économiste, évoque donc ici les enjeux liés au développement durable.
La notion de développement durable apparaît très récemment, en 1980. Il s’agit du processus par lequel la génération présente arrive à satisfaire ses besoins sans mettre en péril la satisfaction des besoins des générations futures. C’est une notion porteuse de deux dimensions, une sociale et une environnementale, dans laquelle on retrouve une idée de long terme et de coresponsabilité. Cela amène l’idée que le développement durable oblige à repenser les rapports homme-nature. Selon l’auteur, et nous ne pouvons que le rejoindre je pense, l’humanité se trouve à un moment où elle doit faire le choix entre rester humaine ou mettre en danger sa survie sur la terre. En cela, le développement durable est à la croisée des chemins. Il est un point de rencontre entre aujourd’hui et demain, entre le global et l’individuel, […].
Par ailleurs, on peut dire que le développement durable se construit finalement sur un constat d’échec, en effet A. Slim nous le rappelle : le XXème siècle se solde par un constat d’échec : celui d’un mode de développement économique inadapté qui épuise les ressources économiques et relègue une grande majorité des peuples dans la pauvreté.
Enfin, il est important de noter qu’un flou sémantique caractérise cette notion – il existe en effet un très grand nombre de définitions de la notion – et qu’un usage abondant en est fait parfois d’une façon un peu cavalière.
Les OGM c’est le contraire du développement durable », « La mondialisation est incompatible avec le développement durable, L’explosion démographique est un obstacle au développement durable, voilà quelques-unes des 14 affirmations passées dans l’imaginaire public que ce livre propose d’expliquer.
Les premières sur lesquelles j’ai choisi de m’arrêter sont intitulées « Le développement durable est une escroquerie » et Le commerce équitable, c’est trop beau pour être vrai. L’idée d’escroquerie est en effet une idée qui revient souvent chez les détracteurs de la notion qui l’accusent notamment d’être conservatrice et purement politique ou encore de faire partie du domaine du rêve. L’auteur relève aussi comme critique qu’il serait une escroquerie en cela qu’il est un prétexte utilisé par des entreprises pour pénétrer des nouveaux marchés (voir le commerce équitable). A. Slim s’oppose à cela, la véritable escroquerie étant de faire semblant de ne pas voir les solutions disponibles pour faire avancer l’humanité dans une voie raisonnable. Dans le même ordre d’idée, il évoque une des limites du commerce équitable : Par quel mystère le commerce, par essence basé sur la compétition peut-il devenir équitable, c’est-à-dire promouvoir la solidarité ? Néanmoins, il nuance ce propos en disant qu’il trouve qu’il établit un lien entre compétition et solidarité.
La seconde partie que je vais évoquer ici est en lien avec le dossier que nous avons présenté sur l’occidentalisation du monde : Le développement durable, c’est l’occidentalisation du monde. En effet, pour certains, le développement durable véhiculerait – voir aurait été inventé pour véhiculer – des valeurs occidentales à travers le monde. L’auteur évoque ici ce qui relie et ce qui sépare finalement le développement du développement durable. Il ressort que c’est le terme développement qui nuit à cette dernière notion. Ce terme est « toxique » pour S. Latouche. Selon E. Morin, le développement ignore ce qui n’est ni calculable ni mesurable, à savoir les qualités de l’existence, les qualités de solidarité […].
Il ressort de ce livre que le développement durable, malgré ses limites et ses contradictions, serait tout de même un outil efficace pour aider l’homme à se repenser et à repenser sa relation à la Terre, qu’il est un défi à l’égoïsme, à l’avarice […] (A. Slim), un accélérateur de responsabilités (D. Kessler) qui ne peut s’imposer qu’avec l’adhésion de tous. Nous sommes tous coresponsables. Mais comme il est dit en conclusion: Sommes nous capable, en tant qu’entités éphémères de penser collectivement le long terme et la survie de l’espèce ? .
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