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for Europe

di Samuele Calzone

Articoli della Rubrica
Nathanael GOBENCEAUX: La culture est-elle en danger ?
(ou y a t il une culture légitime ?)

Reconnaître qu’on a une culture, c’est reconnaître celle de l’autre, donc l’autre. Reconnaître l’autre, c’est commencer à le respecter. Respecter, c’est tolérer, tolérer c’est vivre avec.

Préambule: Si c’était à refaire, je commencerais par la culture. (Jean Monnet à propos de la Communauté Européenne)

Le mot culture est un terme qui peut avoir plusieurs acceptions qui, si elles peuvent sembler proches, sont toutefois différentiables. Nous retiendrons ici trois principaux sens. Le premier est l’agri-culture, la culture agricole sur le quel nous ne reviendrons que brièvement. Le second est ce que l’on appelle LA Culture avec une majuscule que l’on associe (ou amalgame) souvent aux arts et qui concerne ce que l’on pourrait qualifier de patrimoine artistique. Enfin, le troisième sens est la culture initiée par les ethnologues et anthropologues, qu’on pourrait définir comme étant les modes de vie caractérisant les sociétés. On parle ici le plus souvent de cultures au pluriel. Cependant, ces différentes définitions peuvent se regrouper sous une seule : la culture est la relation de l’homme à la nature : « toute culture est une médiation par l’homme de la nature ». « Le sens profond de culture s’oppose à celui de nature (« ce qui naît spontanément sans intervention de l’homme ») [en cela] l’idée de culture est fondatrice de l’art ». Et de là donc découlent les deux autres sens de ce mot. La culture fonderait donc l’art, les arts. On retrouve maintenant le second sens, la culture au singulier, la culture que certains qualifient de noble, celle qui engendre des ministres de la culture chargés de promouvoir des peintres, des films, des musiciens etc… Je serais tenté d’appeler cela la « petite culture » car elle est encore un sous-ensemble du troisième sens. On peut la qualifier de petite par rapport à son échelle, elle s’adresse à chacun dans son individualité, chacun est censé créer ses propres goûts culturels. Chacun aura ainsi un profil culturel différent. Toutefois on sait bien que l’homme n’est pas si libre que cela de ses choix car ces derniers sont tributaires d’un environnement … culturel : ce que j’appellerais la grande culture, celle qui agit à l’échelle de régions, d’aire culturelles. Cette culture est-elle constitutive ou constituante de la petite culture ? Ce qui semble évident c’est que la culture est une interaction : la grande culture fait la petite culture de l’homme et la petite culture de l’homme participe à créer la grande culture.

La culture est-elle en danger ?
Le mot « culture » est devenu à la fois indispensable et désirable : il offre à des esprits submergés et déroutés un semblant de sens et d’ordre.
(Melvin J. Lasky)

Dans un monde où les cultures se télescopent de plus en plus, et ce pas toujours de façon pacifique, c’est une question que l’on peut se poser. Mais quels types de dangers la guettent ? il serait ambitieux de vouloir répondre ici de manière exhaustive, mais je vais tenter d’esquisser quelques problèmes essentiels.
Tout d’abord, il semble qu’il y ait actuellement ce que l’on pourrait qualifier de légitimation d’une culture. Or cela n’augure rien de bon. Qu’est-ce que légitimer ? C’est donner une importance plus grande à une certaine culture par le biais de la loi. Si cela n’est pas officiellement écrit dans les textes, alors c’est la tradition qui devient une loi implicite. Ainsi, on peut penser aux pays arabes qui ont une culture islamique, à la Pologne qui a une culture catholique, à la Corée du Nord qui a une culture communiste ou à la France qui a une culture laïc selon la loi mais catholique de tradition. Toutefois, si cette culture paraît ou est dominante, il paraît dangereux de la légitimer par rapport aux cultures minoritaires en nombre de personnes. En effet, légitimer une culture en particulier reviendrait à cultiver, à provoquer l’intolérance. Légitimer une seule culture est un absolutisme, c’est légitimer seulement une partie des gens de l’aire considérées et mettre tout un pan de société de côté, c’est mettre un certain nombre de communautés à l’index.

C’est, il me semble, ce que l’on observe en regardant le monde actuel. Il y a une sorte de fixation des cultures pour un certain nombre de personnes, une fixation qui fait suite le plus souvent à des préjugés, à l’ignorance (quand ce n’est pas par intérêt politique). Chacun se réfugie derrière son mur qui le sépare des cultures voisines. La peur de la différence de l’autre est un facteur de légitimation de sa propre culture, on érige alors une sorte de culture-défense. On se sépare de la culture voisine car on se pense trop différent pour pouvoir vivre ensemble. N’est-ce pas le cas du mur de Sharon en Israël ? A l’échelle du monde aussi on retrouve un processus superiorisation d’une culture, on observe une sorte de synergie tendant vers une culture globale (uniformisation forcée peut-être des goûts, des propositions vestimentaires, musicales…). La mondialisation est justement en partie un processus de légitimation de la culture occidentale par rapport aux autres cultures, et cela puisque les occidentaux possèdent la force de convertir à leur vision du monde le reste de ce pauvre monde. Les Français, qui suite à la Révolution française se croient garants d’une certaine culture de la liberté, en se permettant d’intervenir moralement dans les affaires du monde ne sont-ils pas une tête de pont de ce processus ?

Or, une culture ne devient culture que parce qu’il y en a une autre à côté. Une culture ne se construit théoriquement pas contre la culture voisine mais en accord, en référence à elle. Il semble que ce ne soit pas toujours le cas et c’est préoccupant, c’est une sorte de perversion de la culture. Comme les occidentaux ont peur des autres cultures parce qu’ils ne les comprennent pas, ils essayent d’affirmer la leur comme universelle. Tout cela est l’inverse de ce qui devrait être, la culture étant être une invitation au dialogue, à la réflexion sur le monde, une chose qui ouvre les esprits vers les autres. La culture est un outil pour l’émancipation de l’esprit et le bien vivre ensemble, but ultime de tous. En effet, la culture est associée le plus souvent à la diversité, à l’altérité, à la différence. « L’idée de culture, dans l’esprit des Lumières, est synonyme d’échange, promesse d’entente ». La seule culture légitime est celle qui légitime toutes les cultures.


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