A l’heure de la grande répression, des réductions
de budgets ou encore du nombre des enseignants et éducateurs,
il convient de faire un retour sur l'idée d'éducation.
L'éducation n'est pas un élément indépendant
qui aurait, pour certains conservateurs cessé d'exister
en mai 68 avec l'émancipation des enfants de leur carcan
paternaliste. "Il est interdit d'interdire" slogantait-on
entre deux pavés pour montrer que l'on était plus
un pantin légerment articulé attendant sagement
sa majorité mais un être à part entière
avec une libre disposition de mouvement et de pensée et
pouvant se fixer les bornes soi-même.
Trop longtemps on a pratiqué une séparation distincte
entre éducation et instruction. Il s'agissait de deux choses
certes complémentaires mais séparées. La
première, qui concerne la connaissance des usages de la
société était du ressort des parents, de
la famille. On pouvait ainsi être bien éduqué
et donner aux parents le sentiment du devoir accompli. La seconde
était du ressort de l'école et avait pour but de
donner du savoir au sens large. Savoir qui faisait souvent défaut
aux parents, d'où cette dichotomie.
Si les définitions des deux termes n'ont pas forcément
changées, la barrière famille / école s'est
quelque peu dissolue. En effet, l'évolution de la société
a fait, à mon avis, s'entremêler ces deux fonctions.
On peut dire que les parents ont pratiquement tous un savoir de
base leur permettant de contribuer à instruire leurs enfants
jusqu'à un niveau relativement élevé. Parallèlement,
on enregistre un retrait des parents (et pas seulement dans les
classes modestes) en ce qui concerne le rôle éducatif.
Peut-être un transfert s'est-il effectué et l'éducation
autrefois plus prisée a été délaissée
en partie pour l'instruction, seul moyen de s'en sortir.
Eduquer, instruire; parents, école. Tout cela participe
à la société. Et c'est cet ensemble sociétal
qui a pour mission de former intellectuellement et moralement
les diverses générations. On a parfois trop tendance
à parler de démission des parents, de dire cela
n'est pas le rôle de l'école, mais il semble que
le problème soit plus profond et que c'est, sans vouloir
faire du catastrophisme, de démission de la société
qu'il faudrait parler.
Avec l'aide des diverses sciences et disciplines, instruire devrait
vouloir dire éduquer, comme éduquer devrait disposer
à l'instruction. C'est cette relation bilatérale
que nous devons remettre en ordre de marche avec le soutien de
toute la société sans se rejeter les tâches.
Car si les enfants d'aujourd'hui sont les adultes de demain, l'harmonie
de demains passe par l'éducation des enfants d'aujourd'hui.