On emploie, ces temps-ci, la notion de culture
à tout va. On parle de multiculturalisme, de diversité culturelle, de culture de l’autre notamment. La sphère politique ne peut plus envisager de ne pas se donner une dimension culturelle. Mais quelle définition donner à ce terme on ne peut plus polysémique ?
Clarifier cette définition est un des objectifs de « La Culture ». Cet ouvrage est en fait le résultat et la retranscription des interventions données dans le cadre d’un colloque en hommage à France Quéré, théologienne, écrivain, membre du Comité national d’éthique, qui a notamment mis en regard les textes bibliques et le présent. Les textes de ce colloque sont suivis d’extraits d’œuvres de cet auteur.
« On tient parfois pour culture ce qui n’est que du domaine de la connaissance » (Y. Quéré). Ce livre veut dépasser cette idée et rendre compte de la diversité des approches de l’idée de culture en fonction, en particulier, des disciplines. Aller à l’encontre de certaines idées reçues comme par exemple le fait de tenir la science en dehors de la sphère de la culture est une des voies empruntées ici.
Quelle part de nous devons-nous à la culture ? A quelles obligations nous invite-t-elle ? Quels liens nous attachent-ils à elle et de quelle manière nous aident-ils à vivre ?
Voilà les questions qui servent de fil directeur à ce livre et que vont aborder successivement des personnalités venant d’horizons différents : un écrivain (Francois Cheng), un généticien (Axel Kahn), Un anthropologue (Albert Jacquard), des historiens, biblistes, philosophes. Chacun apportera ses éclairages à propos de la culture, en tenant compte de ses expériences, de sa spécificité, ouvrant ainsi et enrichissant la définition du terme « Culture ».
Le livre compte donc une petite quinzaine de textes, en comptant le prologue d’Yves Quéré. Ce dernier est le premier à exposer son point de vue : « La culture nous parle moins de ce qui existe que de ce qui est à venir […], moins de ce que nous possédons que de ce que nous acquérons ».
Ensuite Michel Leplay, bibliste, nous rappelle l’origine latine du terme qui vient de cultiver, soigner puis vénérer au sens religieux du terme. Pour lui, la culture conduit à la diversité des cultures. Il reprend alors la phrase de F. Quéré : « la culture est cette aptitude à être différent. Il se trouve que les occidentaux combinent excellemment le disparate culturel. Nous sommes fait par trois traditions […] : Athènes, Jérusalem, Rome. »
L’écrivain F. Cheng choisi quant à lui d’aborder les rapports, les contradictions potentielles (qu’il infirme) entre l’individu et le groupe, entre l’unique et le collectif : « L’unicité de chacun ne prend sens, ne s’épanouit que si les autres sont là et s’épanouissent. » Unicité et universalité ne s’opposent donc pas, elles se complètent et se nourrissent. Selon Cheng, la culture est « ce qui permet à un grand nombre d’hommes de vivre ensemble ». il ajoute que « la grandeur d’une culture réside […] en sa capacité à assimiler les meilleurs apports venant d’ailleurs ».
Axel Kahn montre quant à lui qu’éthique et culture ont partie liée et que cette dernière participe pleinement à la citoyenneté et à la société : « l’objet de la culture : l’ensemble des connaissances, des repères et des mécanismes cognitifs nécessaires à la citoyenneté. […] [La culture] a aussi une dimension de lien symbolique essentiel à la cohésion d’une société ».
Parmi les autres contributions, P. Joutard aborde les rapports entre la culture et la mémoire (le patrimoine) en mettant notamment en avant que « patrimoine n’est pas antagoniste avec modernité » ; P. Léna évoque la science comme élément de la culture, G. Martelet l’homme pensant et ses rapports à la nature. Enfin pour J. P. Chauveau « la culture, à travers l’enseignement, la communication est une invitation à aller vers l’autre, à comprendre le monde ».
On peut dire de ce livre qu’il est très riche, qu’il aborde l’idée de culture sous des angles très différents, ce qui apporte d’autant plus au débat sur la définition du terme. Facile à lire, parfois peut être un peu trop succinct, il s’adresse à tous les publics s’intéressant à la question. C’est à mon avis le premier livre à lire (juste après la notice du dictionnaire) pour qui veut aborder l’idée de culture. Après cela, on pourra aborder les idées du multiculturalisme et de la diversité culturelle (voir les autres présentations de livres).
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