DOSSIER: "L'occidentalisation du monde"
C. GAYET : " Composantes théoriques de l’occidentalité du point de vue des espaces occidentalisés."

Parler d’occidentalisation c’est parler de mondialisation d’un certain point de vue. Commençons par nous entendre sur quelques termes au préalable. L’occidentalisation n’est pas le processus de mondialisation en général, entendue comme processus de réduction des distances (de toutes natures) entre les différents éléments qui composent cet espace qu’est le monde. Il est question ici de la mondialisation par l’occident, entendue comme l’accession de sa réalité humaine culturelle dominante à une échelle mondiale, qui est également, renforçons la définition, une réduction de distance entre l’occident et le reste du monde occidentalisé. Enfin, distinguons également l’expression « la mondialisation de l’occident » qui désigne la manière dont le reste du monde projette ses réalités culturelles, dominées, floues, dans l’occident et qui ne nous intéressera donc qu’assez peu dans cet article. Notons que ces réalités culturelles sont plurielles car elles ne présentent pas une homogénéité suffisamment forte pour qu’on puisse les regrouper dans le même ensemble comme on le fait pour l’occident. Cette mondialisation par l’occident ou occidentalisation du monde produit de la mondialité (caractère mondial) occidentale ou de l’occidentalité (caractère occidental) dans les espaces où elle se déploit.

 

Pourquoi une réduction de distances ? Quand un objet (tout ce qui est matérialisé) ou une information (tout ce qui n’est pas matérialisé mais qui existe) sont déplacés par des flux, ils engendrent des réductions de distance difficile à qualifier… dans un premier temps en tout cas, car nous verrons que l’organisation systémique de la mondialisation est également composée de nombreuses interactions négatives pouvant aller à l’encontre de la tendance de fond à la réduction de distance. Suivent quelques exemples concrets de cette occidentalité que je qualifierai d’occidentalité déplacée :


Exemple: « Le touriste occidental visite un pays étranger non-occidental »,

- à objets : corps humain, vêtements, ses affaires
- à informations : ses connaissances, sa langue, ses mœurs, la mode de ses habits, les techniques et modes de ses affaires

Autre exemple: « La VHS de Mulan est importée par un pays non-occidental. »
- à objets : VHS
- à informations : la technique du cinéma d’animation, la technique de la VHS, le film, des thèmes culturels hollywoodiens, de la culture « asiatique ».


Tous ces flux concourent ainsi à conférer aux espaces qui les accueillent une occidentalité (caractère occidental) à intensité variable. Mais elles peuvent également aboutir à des rétroactions négatives en réaction. Elles se traduisent parfois par une affirmation de la localité (caractère de ce qui est local) de l’espace qui reçoit l’occidentalité. Sans les détailler, en voici plusieurs formes d’intensités variables : protectionisme, nationalisme, intégrisme, chauvinisme. Je les qualifierai de localité comportementale à l’opposé de l’occidentalité comportementale, c'est-à-dire de tout comportement concourant à plus d’ouverture à l’occident : libre-échangisme, occidentalisme.

Seulement, les flux ne suffisent pas à faire comprendre cette mondialisation par l’occident. En effet, la mondialisation ne se fait pas uniquement par flux (déplacement) mais elle se fait également par créations locales qui peuvent prendre plusieurs formes, mais qui toutent sont également à comprendre comme d’autres processus de réduction des distances entre l’occident et le reste du monde :


1) l’occidentalité représentée : l’occident (l’altérité en général) est toujours plus ou moins fantasmée par manque de connaissances de l’occident ou de l’occidentalité réelle, ainsi que perçue à travers les filtres cognitifs des habitants des espaces occidentalisés, ce qui aboutit à la création locale (et non au déplacement) d’éléments d’occidentalité plus ou moins fondés, que je propose de nommer occidentalité représentée.

 

Exemple : un mythe « africain » qu’en Europe tous les blancs vivent dans des chateaux.


2) l’occidentalité recrée : dans le cas où la création locale (et non plus le déplacement) d’un élément d’occidentalité est absolument identique à la réalité, alors je propose de parler d’occidentalité recrée.
Exemple : la fabrication de vêtements occidentaux en Chine non uniquement destiné à l’exportation.


3) l’occidentalité métissée : des éléments d’occidentalité sont parfois couplés avec des éléments de localité réelle pour engendrer localement des réalités métissés nouvelles.


Exemple : l’adaptation de recettes de cuisine occidentales aux palets et produits locaux.

 

Pour conclure cet article, je rappellerai que les cultures sont en mutation perpétuelle, et que toutes même les plus intégristes, intègrent dans le temps des éléments d’occidentalité dans leurs localités, qui ne sont plus considérés comme étrangers. Qui se dit en France en mangeant une tomate qu’elle fait référence à l’Amérique et a été importée via l’Angleterre au XVIème siècle ? Pour illustrer le devenir possible de ces éléments d’occidentalité, voici une adaptation d’un schéma et d’un tableau que j’avais proposé pour l’analyse des mondialités dans mon mémoire de recherche (notons que ça marche également avec l’européanité, la francité, etc.) mais sans le guide de lecture qui serait bien trop long.


télécharger:
doc 17 - Dynamique de l'occidentalité de l'espace
doc 18 - Caractéristique de l'occidentalité