Sandro Bernardi
Antonioni. Personnage paysage,
Presses Universitaires de Vincennes, 2006


 

compte rendu de Véronique Madre
Février 2007


Des personnages qui errent, des silences, c'est ce que l'on retient généralement des films d'Antonioni. Que ce soit pour Le Cri (1957), L'Avventura (1960), Blow up (1966) ou bien Profession : reporter (1975), le cinéaste italien marque profondément ses films d'une touche très personnelle, reconnaissable immédiatement. Sandro Bernardi nous propose dans cet ouvrage une approche originale de l'oeuvre d'Antonioni : par le biais du paysage, le lecteur est amené à une réflexion sur la vision du monde du cinéaste.

 

Après avoir situé l'œuvre d'Antonioni dans un panorama global du paysage au cinéma, Bernardi nous propose une analyse de quelques films-clefs d'Antonioni au regard de ce thème. Ne se contentant pas d'une approche purement esthétique, il ouvre le champ à d'autres disciplines comme la philosophie ou bien l'anthropologie. Cet ouvrage s'adresse donc à un public assez large, c'est-à-dire à tous ceux qui s'intéressent aux sciences humaines en général et non pas uniquement aux spécialistes du cinéma. Le thème du paysage est susceptible d'intéresser particulièrement les lecteurs géographes. Le vocabulaire cinématographique utilisé reste ici assez simple mais il est tout de même recommandé d'avoir une bonne culture cinématographique pour apprécier pleinement le livre.

 

Antonioni remet en cause la vision classique du cinéma qui consiste à placer l'homme au centre du monde. Il multiplie les points de vue, déstabilisant ainsi le spectateur habitué à être conditionné par un point de vue unique. Dans ses films, le paysage s'affirme parfois comme personnage. Pour Bernardi, le paysage des films d'Antonioni est habité d'une présence étrange, peu rassurante pour les personnages et les spectateurs. Les liens qui unissent paysages et personnages sont souvent obscures, mystérieux, voire même absents, provoquant alors un décalage, une rencontre impossible. Dans le cinéma d'Antonioni, on peut distinguer deux types de paysages qui s'opposent : la ville et la nature. La nature redonne au monde le sacré qu'il a perdu avec la modernité. Mais il s'agit souvent d'une nature puissante qui plonge les personnages et les spectateurs dans l'incertain et le mystère. Le paysage est comme une ouverture qui offre aux spectateurs une infinité d'histoires possibles, plutôt qu'une seule bien définie. Dans les films d'Antonioni, comme en philosophie, il s'agit de poser des questions et non de donner des réponses. Ces films nous apprennent à regarder, à porter un regard neuf sur le monde.

 

L'ouvrage de Bernardi nous éclaire bien sûr sur l'oeuvre d'Antonioni, mais il nous propose également une réflexion intéressante sur la façon dont un artiste parvient à retranscrire le monde tel qu'il le pense.