Dans la collection Repères des éditions La Découverte, nous avons présenté il y a quelques temps Le multiculturalisme. Nous continuons ici avec un thème toujours lié à la culture avec Diversité culturelle et mondialisation. Ces deux derniers thèmes sont aujourd’hui très souvent associés avec comme sous-entendu qu’ils seraient opposés : en effet comment penser la diversité culturelle alors que la mondialisation, dans l’imaginaire collectif, uniformise le monde. Ce petit livre, qui vient donc à point pour nous aider à y voir plus clair dans tout cela, est écrit par un universitaire professeur à l’Université Paris 8 et spécialiste des questions culturelles et des questions de communication.
Le livre s’ouvre sur la difficulté d’aborder et de définir les problèmes culturels avec un autre spécialiste de la culture qu’est Michel de Certeau : « Tout exposé concernant les problèmes culturels avance sur un sol de mots instables, il est impossible d’imposer une définition conceptuelle à ces termes […] ». La notion de diversité culturelle est, pour l’auteur, marquée par l’ubiquité et est un « attrape tout ». Paradoxalement, elle bénéficie aussi d’une aura nouvelle qui la fait reconnaître comme étant un des fondements de la démocratie : « le thème […] de la culture et des cultures constitue un enjeu majeur de la confrontation entre les modes de percevoir, de concevoir et de bâtir le lien universel ».
Dans ce contexte, l’objectif de ce livre est de situer les moments forts de l’histoire qui ont donné sens à la diversité culturelle et d’étudier plus en avant ces « mots instables ».
Cet ouvrage se découpe en sept chapitres reprenant des thèmes comme la géopolitique des relations culturelles, l’institutionnalisation de la culture, l’échange inégal ou encore l’exception culturelle. Tout cela est organisé selon un ordre quasi-chronologique partant du XIXè siècle pour finir dans les années 2000. Voici donc une brève présentation des moments historiques présentés dans ce livre.
Le premier chapitre remonte donc au XIXè siècle et notamment aux Expositions Universelles qui sont un choc alliant la culture au spectacle, créant la culture du spectacle. Cela avant que le mot impérialisme ne devienne la grille de lecture des déséquilibres du monde et que les politiques d’hégémonie culturelles atteignent un niveau mondial. Tout cela associé à l’internationalisation croissante de la circulation des idées provoque une crainte de nivellement.
La période des deux guerres est ensuite abordée avec le glissement du projet classique de la culture du projet cosmopolite hérité des Lumières vers l’universalisme de la culture de masse. Les guerres font perdre à Paris son statut de capitale culturelle du monde au profit des Etats-Unis qui, à l’inverse de la France, n’hésitent pas à croiser culture et économie.
Le troisième chapitre évoque l’institutionnalisation et la bureaucratisation de la culture après guerre notamment à travers la création de l’UNESCO. L’auteur évoque aussi à propos de cette période l’industrie culturelle qui devient incontournable.
Les années 1960 sont quant à elles le moment de la prise de conscience du déséquilibre des échanges culturels au niveau mondial et du processus d’occidentalisation de l’Autre mené jusque là. Cela nous mène à un des grands défis de la mondialisation : l’articulation entre le Global et le local.
Le chapitre VI revient sur la construction européenne et sur son primat économique plutôt que culturel, sur l’exception culturelle et la diversité culturelle en Europe qui relèveraient du consensus mou. On peut relever ici la citation du véhément Y. Menuhin qui, s’adressant aux dignitaires européens, leur dit qu’ « en ignorant d’une façon si manifestement aveugle la culture, [ils se] construise[nt] une tour d’ivoire fondée sur des sables ».
Enfin, ce livre finit par un chapitre montrant que le concept de diversité culturelle fait aujourd’hui tache d’huile et qu’il tend à devenir une référence majeure dans la recherche d’un nouvel ordonnancement de la planète en se dotant par exemple d’outils juridiques.
Telles sont les grandes lignes de ce petit livre qui nous permet d’avoir une perspective historique bien utile sur une des grandes idées à vocation humaniste de notre temps.
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