F. Decroisette (dir.), Les traces du spectateur : XVII – XVIII siècles,

Presses universitaires de Vincennes, coll. créations européennes, 2006


 

compte rendu de Loran Bart
Février 2007


Que ce soit la musique, l’art pictural, etc…, tout élément culturel a un élément producteur/émetteur et un élément récepteur. On pourrait penser que ce second élément est passif, ne fait que recevoir passivement la culture, avant de la synthétiser inévitablement et de l’intégrer à sa propre identité. Cependant, la chose n’est pas si simple et une partie de la culture a pour but de faire participer le spectateur comme partie prenante.


La collection « créations européennes » proposée par les PUV rassemble des études qui se proposent de mettre en relation divers éléments culturels de notre continent. Nous avions présenté L’invention de Balzac, lectures européennes et Pluralités des langues et mythes du métissage. Dans notre perspective franco-italienne, on doit aussi citer D’un classicisme à l’autre, France Italie 1919-1939 paru antérieurement. C’est dans cette collection qu’est proposé ce livre qui fait un gros plan sur le spectateur du XVIIe/XVIIIe siècle dans des œuvres d’Opéra et de théâtre italiens.

Dans l’ouvrage présenté ici, on remarquera tout d’abord que les contributions proposées sont pour moitié d’auteurs d’origine italienne et dont certains enseignent dans la péninsule et qu’ils ont pour objet principalement le théâtre vénitien. Il s’agit donc ici de véritables aller / retours entre des parcelles de cultures italienne et françaises.
Cet ouvrage regroupe sept textes classés en trois parties intitulées

1- L’inscription du spectateur dans le paratexte,  

2- La dramaturgie du voir,

3- Ecrits de spectateurs. Voici qui suivent quelques notes de lectures.

Nous apprenons notamment au fil de ces lignes qu’avec l’ouverture de ce qui est considéré comme le premier théâtre public en 1637, le San Cassiano à Venise, s’effectue une transformation radicale de la fonction socio-politique des spectacles d’Opera et par conséquent du rapport du spectateur aux œuvres représentées. En effet, le théâtre n’est ainsi plus réservé à une élite nobiliaire comme auparavant, mais à toute personne acquittant son droit d’entrée pour aller satisfaire sa « meraviglia », son étonnement. (« All’uso di Venezia » présence du spectateur dans les préfaces de quelques libretti per musica vénitiens (1637-1677) par J. F. Lattarico)
Si, en peinture, une technique pour attirer le spectateur à l’intérieur du tableau est mise en œuvre depuis le XVIè siècle, est-ce aussi le cas pour le théâtre ? C’est la question que se pose L. Zampolli dans Les voyages du témoin : le destinataire privilégié de l’Istoria novellamente ritrovata di due nobili amanti (1524) de Luigi Da Porto à La Adriana de Luigi Groto. L’auteur montre qu’en effet, certaines pièces s’activent à attirer le spectateur à l’intérieur du texte. Le spectateur devient donc acteur de la pièce.

Enfin, nous citerons Le spectateur à l’œuvre : Il Colombo de l’Abbé Chiari (1754) à travers sa réception critique de M. Catucci et F. Decroisette qui met en avant quelques polémiques autour d’une œuvre perdue. En effet, n’ayant pas accès à cette œuvre, les auteurs se sont attachés à étudier le spectateur à travers les critiques qui ont pu être faites de cette pièce. Il en ressort entre autres une conception hédoniste du spectateur, ce dernier voulant qu’on capte son attention sans l’ennuyer.


C’est donc, à travers ce livre, un pan de la culture théâtrale italienne qui se dévoile à nous et dont on nous fait découvrir quelques ressorts. Bien que ce soit un ouvrage de spécialistes, les considérations plus larges qui accompagnent ces exemples parfois pointus le rendent accessible et permettent de mieux se mettre en contexte.