DOSSIER: "L'occidentalisation du monde"
H. Odz : "De la mondialisation …à l’occidentalisation"

Vouloir imposer aux hommes une manière d’être étrangère est une erreur grave, laquelle, loin d’enrichir le patrimoine culturel de l’humanité, l’appauvrit prodigieusement. [ Amadou Hampâté Ba ]

Une mondialisation inéluctable


Toute société est ainsi faite qu’elle est amenée si ce n’est à progresser, du moins à évoluer. Cela est inévitable. Or l’un des progrès récents, la troisième révolution technique (après les inventions de la machine à vapeur et du moteur à explosion) est celle des communications en temps réel. Cette dernière, associée à l’évolution des transports rapides participe largement à la mise en place de la mondialisation. Que dire de cela ? Si on ne peut pas critiquer le fait que l’homme veuille communiquer, on peut soulever le fait que les modalités de cette communication puissent laisser à désirer.

 

Une occidentalisation du monde

Depuis quelques années, plus personne ne l’ignore, au moins dans nos sociétés, le débat “in” est celui de la mondialisation. On retrouve dans cette idée la dialectique précédemment évoquée avec d’un côté la globalisation qui tend à uniformiser le monde pour faciliter les échanges économiques, et de l’autre le jeune mouvement alter mondialiste qui retourne à la source des pratiques locales. Mais il semble abusif de parler négativement de la mondialisation ; à la base n’est-ce que le processus de rendre mondial, chose qui n’est pas forcément péjorative. Le tout est de savoir qu’est qu’on rend mondial et comment on le rend mondial. C’est là que le bât blesse. Il me semble qu’à notre niveau il est injurieux pour le monde de parler de mondialisation puisque cette dernière ne s’effectue qu’en sens unique, on mondialise surtout la culture occidentale. C’est pourquoi, pour laisser le pauvre monde tranquille il faudrait mieux parler d’occidentalisation du monde. Certes les plus véhéments réclameront l’américanisation du monde, mais on ne doit pas oublier la part de responsabilité des Européens (l’Europe a agi et agit encore en Afrique de la même façon que les Américains en Amérique du sud ou en Irak). Les Américains ne sont jamais que des ersatz des Européens dont ils n’ont eu cesse que de s’en affranchir et de les dépasser (faire mieux que son père en quelque sorte). Toujours est il qu’il y a dans la vision de nos hommes politique et dans leur façon de gérer le monde une attitude très occidentalo-centrée. Ils appliquent la politique de “ce qui est bon pour moi est bon pour les autres”. Or justement, les autres sont autres avec leurs cultures, leurs pratiques et leurs filtres. On ne va pas ni tous à la même vitesse ni tous tout à fait dans la même direction, du moins on le voudrait et on le devrait !

 

Vers une double identité ?

 

L’idée d’identité est porteuse d’une certaine dialectique. D’un côté elle permet de regrouper un certain nombre de personnes partagent des idées, une culture en commun. D’un autre côté elle implique la distinction et la singularité (on parle d’identité propre à quelqu’un ou à quelque chose). On peut dire qu’aujourd’hui, la dialectique propre à ce terme est à la fois exacerbée et à la fois déplacée sur un autre terrain. Ces deux acceptations s’opposent formellement poussant cette opposition à un certain paroxysme. Il semble qu’actuellement l’homme se construise une identité mondiale. Ce à quoi il convient de faire attention est que cette identité mondiale, d’homme-monde, ne remplace pas l’identité locale inhérente, à priori, à chacun. Il me semble que chacun sera amené à cultiver une double identité à la fois globale (assénée notamment par les médias, le libéralisme, le soi-disant développement durable…) et locale car le quotidien s’inscrit dans sa plus grande partie dans l’espace local.

 

Mondialisation et universalisme


La mondialisation pose un problème éthique : faut-il tout mondialiser ? Mondialiser provoque le risque d’accélérer l’évolution de certaines sociétés grâce à la naïve gentillesse de leurs homologues qui se croient développées, ces dernières les conduisant à sauter des étapes et les entraînant vers une finalité qui n’aurait peut-être pas été la leur si elle avaient suivi leur propre évolution. Dans ce cas, la mondialisation s’apparente plus à un universalisme imposé par les sociétés dites développées, à une occidentalisation du monde.

 

(L’)argent fait, le bonheur !

L’occident fausse la relation au monde en faisant croire que parce que l’on a le dernier disque de Britney S., la dernière machine de chez Whirlpool ou le gaz à tous les étages, alors je suis, ou si j’étais normalement constitué, je devrais être heureux. C’est presque mathématique. L’illusion de l’occidentalisation du monde se situe ici : le petit Africain qui ne se trémousse pas sur Britney S. en traversant la savane, l’aborigène d’Australie qui ne cherche pas l’électricité pour brancher son mixer ou encore le pygmée qui ne prend pas du Slimfast ne peut pas être, à nos yeux d’occidentaux, pleinement heureux. En occident nous avons réussi à construire la société qui peut s’illustrer par l’adage : si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue grandement. Là est peut-être l’un des disfonctionnements de notre société occidentale.

 

L’hypocrisie du global

Croire au global est finalement une forme d’hypocrisie envers les « maîtres du monde » qui, eux, sont les seuls acteurs globaux de notre planète. Mais combien sont-il les individus de cette minorité qui se partage 90% des capitaux mondiaux ? Face à eux se trouve la multitude, les milliards d’hommes, petits acteurs à grande échelle, pour qui la vie est quotidiennement locale. Le global, s’il concerne tout le monde, n’est finalement mis en œuvre que par quelques acteurs, qui sont par ailleurs le plus souvent des acteurs économiques pour qui l’occidentalisation des modes de vie et des cultures est une chose bien pratique qui leur permet d’arrondir à moindres frais leur épargne.