Antenne di Dialogo
di N. Gobenceaux
Florian DU PASQUIER, Il est interdit d'interdire
Le célèbre dicton qui symbolise en quelque sorte tout l’esprit de mai 68 n’est plus au goût du jour, si l’on accepte ce que voudrait nous faire croire notre ministre de l’éducation. En fait il pointe le doigt sur quelque chose d’essentiel : ce slogan marque en effet la crise de « l’éducation » . Formuler un tel paradoxe signifie, de fait, que la société, dans son ensemble, ne peut plus simplement reproduire les valeurs sociales qui lui ont permis d’exister tel quel. Bref, « nous ne sommes plus des pantins ».

Par contre l’instruction ne s’est jamais aussi bien portée : en témoigne toutes les récentes créations d’écoles de commerce indépendantes ou de formations courtes en alternances. Bref tous les secteurs de la transmission de savoir faires évoluent et s’adaptent aux nécessités de notre économie.
Nous subissons, au bout du compte, deux pressions contradictoires en ce début de siècle. La première est celle de l’économie et de sa mondialisation et nous pousse à innover en matières de modes de productions et de productivité. La deuxième est de l’ordre de notre intimité et touche au développement de l’individualisme contemporain. Le succès des formes de télé réalité, de « Bas les masques » à « Loft Story », nous montre que la frontière entre espace intime et donc privé, et espace public, donc universel/ rationnel/ politique se déplace au profit de la première. En tant qu’individus nous trouvons de plus en plus difficile de socialiser sur le mode impersonnel qu’impose notre mode de production basé sur le modèle de l’entreprise. Il n’est pas surprenant, en ce sens, de constater le succès des « coach » psychologues en entreprises, qui dans leurs jargon propre, n’hésitent pas à provoquer des expériences de « régression » chez les jeunes employés afin d’améliorer les rendements. A les croire, le progressisme social serait tout simplement une semaine à Ibiza pour tous les cadres d’entreprises.

Que fait la société prise entre ces deux contradictions ? Elle se rétracte jusqu’au point où le social, à défaut de rendement immédiat, fond sous la neige de droite. Les intermittents du spectacles ont certes, lutter vaillamment, mais que faire face au changement climatique ?
Alors, que peut bien vouloir dire cette notion de « social » à l’age de l’individualisme exacerbé ? Grande question, à laquelle notre cher Jacques Chirac aurait mieux fait de réfléchir avant de supprimer purement et simplement le service militaire. Car, même si effectivement la nation, à l’heure de l’Europe et de la violence terroriste, n’a plus besoin de sa jeunesse pour défendre ses frontières, la république a toujours autant besoin de sa jeunesse pour construire le tissu social de demain. Gagner une coupe du monde tous les 25 ans est un peu léger quant à l’objectif visé. Dommage donc, que le service militaire obligatoire n’est pas été transformé en service civil obligatoire. Car, si à l’époque du service militaire, la défense des frontières était, en effet une nécessité, la défense de la sphère sociale, ou se joue le lien social de demain, l’est aujourd’hui tout autant. A quoi bon vouloir inculquer à notre jeunesse les valeurs abstraites du républicanisme, comme si celle ci faisaient partie de « l’instruction » des savoirs faire de base. Les deux sphères sont dangereusement confondus. Un service civil obligatoire donnerait à chacun la possibilité de prendre conscience qu’il est un élément actif et prenant part à la solidarité de la république et permettrait de servir le bien commun. Plutôt que de nous aliéner devant notre téléviseur en regardant une petite élite s’adonnant aux petits plaisirs de l’individualisme, donnons à chacun cette même chance et arrachons ces cameras qui nous nourrissent sous perfusion. Car au bout du compte nous sommes bien dans la même situation que les lofteurs, forcés de vivre ensemble dans un espace délimité et contraint au lois de la compétition individuelle. Commencer sa vie d’individu par une expérience de déstructuration complète des repères pourrait bien être un moyen de réactiver le social.

Pour finir, j’espère que ces quelques lignes de Maurice G. Dantec sauront vous inspirer:

« Car avant de produire le post-humain, encore faudrait-il savoir former un homme.

Certes l’humanité est foutue, elle a le choix entre des cultures sans sociétés–donc sans (bio)politique-et des nations sans cultures (donc sans métaphysique). 

Entre des individus aux solitudes inutiles, massifiés, et des communautés aux droits et aux rituels absurdes. »


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